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Contrôle de l'enherbement


Contrôle de l'enherbement

Weeds

Photo: Nicolas Fégeant, UGPBAN

Le contrôle de l’enherbement (ou des mauvaises herbes) consiste à éliminer les plantes adventices (mauvaises herbes) qui entrent en compétition avec le bananier pour les ressources et peuvent servir d'hôte à des ravageurs et agents pathogènes. Contrôler les adventices est particulièrement important durant le premier cycle de culture étant donné le peu d’ombre et la forte compétition avec les jeunes bananiers. La lutte chimique étant peu adaptée dans les premiers mois après la plantation, le sarclage est la technique recommandée. Le sarclage doit éviter d’endommager le pied de bananier, il commencera donc à partir d’un mètre du pseudotronc, une couverture végétale devant être maintenue à une hauteur d’environ 5 cm.

Dans les plantations commerciales, le contrôle de l’enherbement est une des pratiques agricoles les plus importantes et coûteuses. Bien que la lutte chimique ait été la norme pendant des années, la tendance, depuis les années 2000, est vers un contrôle intégré visant la diminution des applications d’herbicides.

Contrôle chimique

L’utilisation d’herbicides s’est développée au début des années 1970 et s'est répandue après s'être révélée économique et facile à mettre en œuvre. Les herbicides n’en sont pas moins très toxiques et ont une longue rémanence dans les sols. De plus, l’application sans restriction d’herbicides conduit à des sols érodés, une perte de matière organique ainsi qu'une diminution de l’activité biologique du sol. Les conséquences les plus importantes ont mené à l’abandon de certaines zones de production de la zone Atlantique du Costa Rica dans les années 1980.

Depuis, l’utilisation des herbicides est mieux contrôlée. Certains producteurs ont progressivement réduits ou arrêtés les herbicides passant de 8 traitements par an à moins de 2 sans nuire au rendement. Les traitements doivent être réalisés au moment opportun (avant épiaison) et suivant les doses indiquées par le fabricant.

Contrôle chimique sélectif

Le contrôle chimique peut se faire de façon ciblée, c'est-à-dire que l’opérateur va choisir d’appliquer le produit non pas sur toute la parcelle mais uniquement là où se trouve les adventices. L’application devient sélective lorsque l’ouvrier va choisir l’adventice à éliminer ou au contraire à maintenir. Cette technique permet dans un premier temps de diminuer les quantités d’herbicides utilisées et dans un deuxième temps, la sélection et la mise en place d’une couverture végétale choisie parmi la flore spontanée, comme Geophila macropada, Commelina spp., Galactia striata, Evolvulus nummularis, Murdania nudiflora. Cette couverture jouera le rôle de plante de service, soit, par exemple, en réduisant l'érosion et le lessivage, ou en limitant le développement d’adventices compétitrices ou hôtes de pestes du bananier.

Les herbicides

Les herbicides utilisés en plantations commerciales se divisent en 2 catégories : les herbicides de contact (e.g. paraquat) et les herbicides systémiques (e.g. atrazine, glyphosate, glufosinate ammonium). Les herbicides de contact ne détruisent que la partie aérienne de la plante en contact avec le produit. Le système racinaire est préservé et permet aux adventices pérennes de repousser rapidement. Le volume utilisé est important pour arriver à mouiller un maximum de surface foliaire (200 à 400 litres par hectare).

Les herbicides systémiques détruisent l’ensemble de la plante adventice à travers sa sève. Les volumes de préparation sont de l’ordre de 100 litres par hectare. Bien qu’il existe des herbicides systémiques pré-émergents, il est recommandé d’appliquer des herbicides post-émergents, lorsque les bananiers sont bien vigoureux.

L'application

Une bonne application consiste à déposer sur les plantes adventices une fine couche de produit bien dosé lorsque les conditions climatiques sont favorables et si possible avant l'épiaison. Le matériel d’application doit être bien entretenu et bien calibré. La précision de l’application est primordiale pour ne pas appliquer de l’herbicide sur les bananiers, le sol nu ou les plantes de service sélectionnées.

Les pulvérisateurs dorsaux à pompe manuelle sont les plus utilisés. Ils sont notamment utiles dans les zones difficiles d’accès et permettent une précision parfaite pour un traitement au milieu de la bananeraie. La pression à la sortie est maintenue par l’actionnement d’une pompe à bras. La pression étant variable, les risques de dérive et surtout de mauvaise distribution sont plus importants qu’un pulvérisateur dorsal à pression constante. La baisse de pression provoque une application moins efficace du produit : taille des gouttes, amplitude du jet, concentration et débit d’application.

Le pulvérisateur dorsal à moteur thermique ou encore une buse de régulation de pression permet de maintenir une pression constante et ainsi faciliter le travail de l’opérateur et daméliorer l’efficacité de l’application. L’ouvrier doit être bien formé à la manutention des produits et à la précision d’application, surtout lorsqu’il travaille en sélectionnant des plantes ou par zones ciblées. Des appareils d’application  (à bas ou ultra-bas volume) peuvent distribuer le produit pur ou en bouillie concentrée. La quantité épandue s’en voit nettement réduite1.

La taille des gouttes influe sur plusieurs paramètres, la calibration doit donc en tenir compte suivant les conditions d’application propres à la parcelle. Plus les gouttes sont grosses, moins importante est la dérive. L'évaporation est également réduite. Par contre, les petites gouttes ont une meilleure pénétration. Les types de buses disponibles permettent aux producteurs de s’adapter à leurs équipements, leurs conditions de terrain, à leurs habitudes de travail et d’application. Les caractéristiques d’une buse sont : la forme du jet, la taille des gouttes, la dérive, la pression d’application requise et le type d’herbicide pour lequel elles sont les plus efficaces[1].

Type de buse
ADI (pinceau)
CVI (pinceau)
AVI (pinceau)
APM (miroir)
ATR (turbulence)
 
Forme du jet
Projection au sol
Taille des goutelettes
Moyenne
300-400 µm
Large
400-600 µm
Large à très large
500-600 µm
Très large
>600 µm
Fine
<150 µm
Dérive
Faible
Très faible
Très faible
Faible
Elevée
Pressions recommandées
2-4 bar
1.5-3 bar
3-5 bar
1.3 bar
3-20 bar
Herbicide de contact
Excellent
Bon
Bon
Excellent
Excellent
Herbicide systémique
Excellent
Excellent
Excellent
Bon
Bon
 

Désherbage manuel et mécanique

Le désherbage manuel nécessite beaucoup de main d’œuvre et peu d’équipement, comme une machette, une faucille, une houe ou un sarcloir. En plus d'être lent, le travail manuel est peu précis. Les outils peuvent facilement endommager les rejets, être vecteur de maladies bactériennes ou faciliter l’infestation par le charançon du bananier.

Le désherbage mécanique est possible surtout dans les plantations ayant été plantées en double rang. Le fait d’avoir une allée plus large permet la mécanisation. Les équipements sont idéalement des machines légères (gyrobroyeur ou débroussailleuse) afin d'éviter le tassement du sol. Les équipements de désherbage mécanique devront s’améliorer et s’adapter aux nouveaux arrangements spatiaux des cultures dans les bananeraies comme l’introduction de biodiversité ou la haute densité de populations.

Plante de couverture

Article principal: Plante de couverture

Le contrôle de l’enherbement par une plante de couverture consiste à associer une espèce végétale qui empêche la croissance des espèces adventices nuisibles au bananier sans avoir d'impact négatif sur la production[2][3]. Certaines de ces espèces peuvent avoir un effet allélopathique[4][5].

Références

1. Institut Technique Tropical. L'enherbement. Manuel du planteur. ITT, France.
2. Tixier, P., Lavigne, C., Alvareza, S., Gauquier, A., Blanchard, M., Ripoche, A. and Achard, R. 2011. Model evaluation of cover crops, application to elevens pecies for banana cropping systems. European Journal of Agronomy 34(2):53-61.
3. Dorel, M., Tixier, P., Dural, D. and Zanoletti, S. 2011. Alternatives aux intrants chimiques en culture bananière. Innovations Agronomiques 16:1-11.
4. Dore, T., Sene, M., Pellissier, F., Gallet, C. 2004. Approche agronomique de l'allelopathie. Cahiers Agriculture, 13(3):249-256.
5. Bais, H.P., Weir, T.L., Perry, L.G., Gilroy, S., Vivanco, J.M. 2006. The Role of Root Exudates in Rhizosphere Interactions with Plants and Other organisms. Annu. Rev. Plant Biol. 57:233-66.

Egalement sur ce site web

Pratiques pour réduire l’application des pesticides

 

Cette page fait partie d'une série coordonnée par le Forum Mondial de la banane et financée par le Ministère français de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt.Wh